Finlay/McGill/DesRivières

1-HUGH FINLAY  

    En 1801, un loyaliste du nom de Hugh Finlay, reçoit de la couronne britannique, 32400 acres de terre qui représentaient tout le township de Stanbridge moins la réserve légale pour le soutien du clergé et de la couronne.

    À cette époque, l’honorable Hugh Finlay, avocat anglais de Québec, siégeait au Conseil législatif de cette ville depuis vingt ans. En 1795, il conçoit l’idée de devenir propriétaire d’un Canton de la partie sud-est du District de Montréal. Le territoire de son choix fut celui qui avait été concédé au Sieur Daine, le 5 avril 1733 et retourné au domaine royal le 10 mai 1741. Conformément aux règlements légaux, il s’adjoignit 39 associés, presque tous de la Seigneurie de Saint-Amand; ceux-ci le nommèrent leur agent aux fins de transiger l’affaire avec le gouvernement ou bureau des commissaires des terres de la Couronne. On convint aussi que le futur Canton s’appellerait « Stanbridge ». L’honorable Finlay s’adressa à l’autorité compétente et en obtint un ordre d’arpentage (warrant of survey). Mais comme la longue procédure légale en pareil cas devait entraîner de grandes dépenses, il fit passer par ses coassociés des obligations en sa faveur. » Texte provenant des Manuscrits de l’abbé I. Desnoyers 1885.

DES  LOYALISTES   OBTIENNENT DES TERRES DE LA COURONNE:

    Après avoir reçu ses lettres de propriété, Hugh Finlay se retrouve lourdement  endetté, suite à ces spéculations et  vend celles-ci à la société McGill & Todd. « Sir Hugh vendit 32,400 acres de ses terres à ses créanciers « Isaac Todd et James McGill » pour la somme de 3,700 livres. Il mourut la même année, emporté par les tensions causées par ses problèmes financiers ». I. Desnoyers

    Même si son implication fut de courte durée, Finlay fut quand même une figure importante dans le gouvernement et la société du Bas-Canada, entre les années 1763 et 1800. Ilsera surnommé  le père du système postal canadien.   Plusieurs pages lui sont d'ailleurs consacrées dans le «Dictionnaire Canadien des Biographies».

    Parmi les associés de Finlay, la grande majorité n'était que de simples spéculateurs ou des revendeurs. Par contre, d'autres y ont travaillé et y ont vécu puisque leurs noms figurent encore de nos jours parmi les habitants de Stanbridge.

                                                                            

2-JAMES MCGILL (1744-1813)

    Né à Glasgow (Écosse) en 1744, McGill s’inscrit à l'université de sa ville natale puis se laisse attirer comme beaucoup de ses compatriotes par l'attrait du nouveau continent. En 1766, il décide de tenter fortune dans le Nouveau Monde, car il avait entendu dire que la nouvelle France depuis trois ans faisait partie du domaine britannique et qu'il y avait beaucoup d'ouvertures pour de jeunes gens dans le domaine de la fourrure.


    James Mc Gill participe activement à la vie communautaire de Montréal. Dès 1770, avec trente autres concitoyens, il signe une requête pour l'établissement d'une chambre élective. En 1775, il figure parmi les douze signataires de la capitulation de Montréal quand Carleton doit abandonner la ville.  

    Important commerçant de fourrures et député en vue à Montréal, il rachète  les parts de la concession de Stanbridge  de son associé, Isaac Todd. C’est donc ainsi que James McGill acquier une grande partie du canton de Stanbridge qu’il légua à son décès, à son fils par alliance : François Amable DesRivières. (Voir la suite)


LA FAMILLE DESRIVIÈRES 

    François Amable DesRivières (1764-1830) en héritant du township de Stanbridge, de James McGill, contribuera à amener dans cette partie du Bas-Canada la culture francophone et catholique. 

    Au décès de ce dernier en 1830, ses deux fils, François Guillaume et Henri, héritent de ses terres et deviennent les premiers exploitants propriétaires  francophones à s’établir dans le « Township » de Stanbridge.

*À noter que le frère cadet de François Amable DesRivières, Thomas-Hippolyte, engagé dans les forces armées avait acheté avec l’aide de son beau-père, une commission d’officier dans les « Royal American » (60e d’infanterie). Thomas Hippolyte décédera en 1799 en service en Jamaïque.

(voir la suite)

Les DesRivières

LES DESRIVIÈRES, MALMAISON ET LA PAROISSE NDA

    Les fils DesRivières sont à l’origine du développement du territoire de Stanbridge, hérité de JamesMcGill. Sur la partie ouest de ces terres, ils bâtirent leur Manoir qu’ils nommèrent « Malmaison », et érigèrent un premier moulin à scie. Ils construisirent le premier pont sur la rivière aux Brochets pour que les fermiers de toute la région puissent apporter leurs récoltes à leur moulin à farine mis fonctions en 1843 de l’autre côté de la rivière. La consécration de la chapelle, la construction de la gare et du bureau de poste apporta aussi la prospérité à ce lieu où ils purent mener une vie grandiose.

    Lors de la fondation de la paroisse Notre-Dame-des-Anges en 1845, la famille DesRivières avait pris entente avec l’évêché pour administrer la paroisse et héberger le prêtre missionnaire s’attribuant ainsi l’autorité sur la gestion de l’église et de la paroisse. Certaines faveurs furent alors obtenues auprès du prélat du diocèse : dont le droit, aux deux premiers bancs doubles de l’église, le droit d’inhumer dans le caveau de l’église toutes les dépouilles des membres de leur famille et qu’une messe de libérât soit chantée à tous les mois de novembre pour le repos de leurs âmes. Avec la construction de la nouvelle église au village de Saint-Charles et la constitution d’un conseil de fabrique, il était clair que la famille DesRivières perdait ses droits.

    Au décès de Marie Angélique DesRivières, le 5 juillet 1875, la famille qui appréhendait la décision du déménagement, organisa avec les résidents du coin une opposition qui fut tout de même une cause perdue.


    Ce conflit entre les conservateurs pour garder la chapelle et les novateurs du village de Saint-Charles, désirant une nouvelle église, dura plusieurs années et créa beaucoup de mécontentements au sein de la communauté. C’est le curé Balthazar qui, en 1893, mit fin aux troubles engendrés par ce déménagement.

    Les novateurs étaient ces gens qui voulaient déménager l’église pour la centraliser et l’amener à Saint- Charles de Stanbridge. Leur leader était le sieur Joseph Couture propriétaire foncier important de l’endroit. Les conservateurs étaient ceux qui voulaient conserver l’église sur le chemin DesRivières près de Malmaison. Ils étaient pour la plupart originaires de la partie ouest de notre municipalité communément appelée le «Macy Ridge».

    Madame Henri DesRivières, (Marie Angélique Hay) en 1871,  léguait à la corporation épiscopale catholique romaine du diocèse de Saint-Hyacinthe, la chapelle, la sacristie, les remises et hangars, l’orgue, les ornements, les vêtements et les vases sacrés. Le 5 juillet 1875,  à son décès, les documents notariés et enregistrés indiquaient aussi que   le prêtre en charge de la paroisse l’abbé Bénoni Joseph Leclaire, résidait au manoir « Malmaison » depuis le début de la fondation de la paroisse.

    En 1877, la corporation épiscopale rétrocédait ce legs à la paroisse Notre-Dame-des-Anges et remettait à la Famille DesRivières un montant de $1000$ pour compenser leurs actions passées et pour que la paroisse puisse conserver ses droits de propriété sur le cimetière et le terrain de la chapelle.

    Le 10 octobre 1886, dans une requête adressée à l’évêque de Saint-Hyacinthe, la famille DesRivières formulait officiellement la demande de  transporter dans le caveau de la nouvelle église les sépultures de leurs parents-défunts, inhumés dans l’ancienne chapelle de Malmaison. Monseigneur Louis-Z. Moreau accorda cette autorisation après en avoir pris connaissance.

    Les défunts exhumés de l’ancienne chapelle qui reposent dorénavant sous la nef de la nouvelle église sont : Mme Angélique Bouchette, mère de Marie Angélique DesRivières, décédée à 80 ans le 18 mars 1856; Sieur Francis William DesRivières, inhumé le 2 mars 1861; mademoiselle Marie Louise Henriette DesRivières, décédée à 5 mois et inhumée le 10 juillet 1860. Elle était l’enfant de James Frobisher McGill DesRivières; Sieur Henri DesRivières, inhumé le 15 novembre 1865, époux de Marie Angélique Hay. Il avait 60 ans; M. James Frobisher Mc Gill DesRivières (Shérif à Saint-Jean) décédé à l’âge de 38 ans, inhumé le 8 mars 1871 et Dame Marie Angélique Hay DesRivières inhumée le 8 juillet 1875.
    Lors du décès en 1893 de François Guillaume (Willy) sa dépouille rejoignit celles des autres défunts de sa famille dans le caveau de la nouvelle église.

    Vers 1915, la bâtisse qui servit d’église (chapelle) à Malmaison, pendant plus de trente ans fut démolie, les bancs furent donnés à la paroisse Sainte-Anne de Sabrevois pour meubler leur nouvelle église. Le lot de l’ancienne chapelle fut alors marqué par une croix, rappelant au passage la première paroisse catholique, établie dans le township de Stanbridge par la famille DesRivières .

L’histoire de la paroisse Notre-Dame-des-Anges-de-Stanbridge

    Sur un territoire du Bas-Canada, qui à l’origine était réservé aux loyalistes et aux officiers anglais, une paroisse catholique s’implante grâce à la contribution d’une famille canadienne-française héritière d’un riche marchand anglais concessionnaire du canton de Stanbridge. C’est en effet un miracle si cette paroisse a vu le jour dans cette partie des townships réservée de prime abord au clergé protestant.


   UNE PAROISSE CATHOLIQUE SUR UN TERRITOIRE LOYALISTE:

    Partant du village de Notre-Dame-de-Stanbridge, direction Saint-Pierre-de-Vérone par le chemin DesRivières, un peu avant le pont couvert, vous pouvez voir sur votre droite une croix de bois avec ces inscriptions : 1847-1877, croix latine et R.I.P. (Requiescat in pace)

    Cette croix désigne l’emplacement d’un cimetière et de la première chapelle, dédié à Notre-Dame-des-Anges, construite en 1845 lors du développement de la région par la famille DesRivières. Les dates 1847-1877 représentent la période où cette chapelle fut tenue à cet endroit.

    Un des traits caractéristiques de la vie à l’intérieur du catholicisme à l’époque de la colonisation est le degré de la pratique religieuse, notamment de la communion pascale pour tous les fidèles en âge de le faire. L’obligation de communier au moins une fois par année à l’occasion de la fête de Pâques remonte au début du 13e Siècle. Le refus de s’y soumettre pouvait entraîner l’interdiction d’entrer dans une église ou de recevoir une sépulture en terre ecclésiastique. Il s’agissait donc d’un élément important de la croyance et de la ferveur populaire en matière d’observance religieuse. Les francophones en majorité catholiques, installés en territoires loyalistes, se devaient donc pour recevoir les services que leur religion leur dictait, aller dans les seigneuries voisines établies  sous le régime français.

    Établis depuis 1842 dans le township de Stanbridge, les DesRivières ouvrirent la voie vers ce territoire à plusieurs canadiens français leur permettant de s’installer sur leurs terres, leur concédant des lots en échange de services et de produits. Leur patrimoine profita rapidement en dix ans, si bien que la population de Malmaison (nom de l’agglomération) atteignait près de deux cents personnes.

    Le 18 août 1842, avec le soutien de plusieurs catholiques de la région, ils soumirent une requête à l’évêque de Montréal, pour l’érection d’une paroisse catholique dans le « Township » de Stanbridge.

    Tel que formulé dans la requête de 1842:

« À sa grandeur Monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal, la très humble requête des habitants du township de Stanbridge et des parties des Seigneuries de Noyan et de Sabrevois, lesquels exposent à votre grandeur le très grand besoin qu’ils aient de secours religieux tant pour eux-mêmes que pour l’instruction chrétienne de leurs enfants.»

    Du 9 au 13 août 1842, le prélat visita en personne la mission de Stanbridge et donna la confirmation à 75 personnes. En cette circonstance, les fonctions religieuses se firent au manoir Malmaison; les visites se répétèrent les trois années suivantes, jusqu’en décembre1845.  

Manuscrit, Abbé Isidore Desnoyers,


    Monseigneur Bourget accepta la requête des habitants de Malmaison et désigna comme titulaire de la nouvelle paroisse catholique sous le vocable : Notre-Dame-des-Anges. (Patronyme donné sans doute en l’honneur de Marie-Angélique l’épouse d’Henri DesRivières)


     Extrait du décret canonique de Notre-Dame-des-Anges de Stanbridge, 22 août1845

« La paroisse de Notre-Dame-des-Anges a été érigée canoniquement par Monseigneur Ignace Bourget, évêque de Montréal, le vingt-deux août mille huit cent quarante-cinq sous le titre de Notre-Dame-des-Anges dont la fête se célèbre le deux août. Elle comprend tout le township de Stanbridge, une partie de la Grand-Ligne de Sabrevois et la huitième concession des seigneuries de Noyan et de Sabrevois connu sous le nom de « Ridge » et elle a pour bornes celles du dit township et des susdites parties de seigneuries.
La paroisse Notre-Dame-des-Anges de Stanbridge a de plus été reconnue civilement le premier avril mille huit cent quarante-six. »
« Pour extrait conforme à l’original,
Signé : L.Z. Moreau, prêtre secrétaire »


    Enfin, le 25 décembre 1845, l’abbé Bénoni Joseph Leclaire, curé missionnaire de cette partie du territoire, célébrait sa première messe dans la chapelle nouvellement construite.
Comme cette paroisse catholique était la seule du township, toutes les personnes de cette confession venaient y faire leurs devoirs religieux. Aux registres de cette paroisse fraîchement consacrée, on put dénombrer la première année, 245 baptêmes, 28 mariages et 26 sépultures

    Toutes  ces célébrations ne concernaient pas uniquement les habitants de Malmaison mais tous les catholiques du township et des alentours qui avaient besoin « de secours religieux », de « Highgate Center » aux États-Unis jusqu'à Dunham à l’autre bout du canton. 

    En 1851, le recensement des catholiques, couvert par cette mission dont l’abbé Leclaire était le titulaire, dénombrait plus de 950 personnes. Notre-Dame-des-Anges était à cette époque, considérée comme l’une des plus importantes paroisses de campagne, du diocèse de Montréal.

    En 1852, avec la population catholique grandissante, le diocèse de Saint-Hyacinthe fut formé et le nouvel évêque monseigneur Prince envisagea de former de nouvelles paroisses dans le secteur auquel Notre-Dame-des-Anges-de-Stanbridge avait été établi. En 1866, la paroisse Saint-Damien de Bedford se détachait de la paroisse mère et quelques années plus tard, Sainte-Sabine, en 1888, Saint-Ignace en 1889 et St-Pierre-de-Vérone à Pike River.

    Entre 1860 et 1880, la population catholique, de l’agglomération de Saint-Charles de Stanbridge, situé à cinq kilomètres  au nord de Malmaison, sur la rivière aux Brochets, s’était fortement accrue. Avec l’implantation d’une importante usine de textile, de nombreux canadiens français s’y sont établis. La principale industrie de Saint-Charles, propriété de Joseph Couture, engageait à cette époque plus de cent employés. Ce « boom » démographique et industriel encouragea l’économie locale incitant d’autres entreprises à venir se joindre à l’ensemble des moulins a scie, à farine, à carder, déjà existants attirant de plus, divers ateliers comme briqueterie, tannerie, boutiques diverses et bureau de poste. L’idée de construire une plus grande église devint alors une nécessité.


    En 1875, une requête de la majorité des paroissiens de Notre-Dame-des-Anges est adressée à monseigneur Charles Larocque, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, le sollicitant de consentir au déménagement ou à la construction d’ une nouvelle église dans un lieu qui pourrait accueillir plus de paroissiens. Un décret daté du 2 août 1878, par monseigneur Louis Zéphyrin Moreau,  acquiesce à la demande et ordonne la construction de la nouvelle église.

    En août 1878, un grand terrain situé sur le lot 19 de la 8e concession, est donné à la fabrique par la veuve du sieur Louis Charles Gauvin,  maître de poste et important propriétaire foncier de l’endroit de son vivant. Ce terrain se situait près de l’usine de textile et du moulin à farine de Joseph Couture à Saint-Charles-de-Stanbridge.

    Les plans de l’église furent réalisés par l’architecte Victor Bourgeau (1809-1888) aux dimensions de 120 X 55 pieds (mesure anglaise). La construction de l’église, du presbytère et du chemin couvert fut accordée à un consortium formé des firmes de Joachim & Joseph Reid, établis à Saint-Charles de Stanbridge, et de l’entreprise Joseph Dubuc et Frères de Bedford. Le bâtiment sera fait de pierres de la région (moellons) de même qu’avec le bois de charpente provenant d’un moulin local. La façade de l’église et le presbytère seront de pierres taillées.

    Débuté en août 1878, le saint lieu est inauguré lors de la messe de Noël 1879, (même si l’intérieur n’est pas complété). La nef et les jubés peuvent alors accueillir près de 600 personnes.

    En 1892 l’intérieur de l’église est parachevé. Le contrat des fresques et de la décoration est donné à un certain François Édouard Meloche (1855-1914), peintre-décorateur et élève de Napoléon Bourassa. (Selon certaines sources les fresques et les trompe-l’œil exécutés par Meloche dans l’église Notre-Dame-des-Anges, seraient parmi ses œuvres maîtresses.)

    Le 6 septembre 1893, lors d’une cérémonie magnifique, l’église est consacrée par monseigneur Maxime Decelles, coadjuteur du diocèse de Saint-Hyacinthe.

Premiers colons et arrivants dans Stanbridge

    À l’origine, les « Eastern Townships » étaient destinés à être peuplés par des colons de langue anglaise, afin de faire contrepoids au développement toujours croissant de la population franco-canadienne déjà bien installée sur les territoires des anciennes seigneuries. On y avait établi en « propriété libre » les loyalistes ayant fui les colonies américaines, pour les récompenser de leur fidélité à l’Angleterre lors de la guerre d’indépendance. En outre, de larges apanages avaient été taillés au bénéfice de particuliers puissants, de « la Compagnie des Terres de l’Amérique britannique », qui les gardaient rigoureusement et apportaient toutes entraves possibles à la colonisation. Mais ces entraves durent céder un jour devant la poussée et la persistance de la colonisation franco-canadienne. » Arthur Buies, notes sur la colonisation des Cantons.


    PETIT RETOUR EN ARRIÈRE : AVANT LES TOWNSHIPS; LES SEIGNEURIES
Pour expliquer le développement de notre région, il faut remonter à la période française, ou la tenure seigneuriale était la façon de conserver la suprématie du Roi de France dans ses colonies.
    Des territoires appelés seigneuries furent attribués à des militaires, des nobles et des marchands qui s’étaient illustrés pour leur patrie. Ces seigneurs, pour conserver leur bien, devaient faire valoir, développer et rentabiliser ces terres, entretenant « feu et lieu » pour qu’une population s’y développe.
    C’est à partir de 1672 que Louis XIV concède, par l’intermédiaire du premier intendant    Jean Talon, des seigneuries relativement vastes, mais peu nombreuses, le long des rives du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu. Il faudra attendre 1694 pour que d’autres de ces fiefs soient concédés sur le Richelieu. Jusqu’à la conquête, cette rivière prit de plus en plus d’importance pour les Français puisqu’elle fut une route majeure pour l’accès à la Nouvelle-Angleterre et aux territoires des Premières Nations et inversement après la guerre d’indépendance par les loyalistes. Les seigneuries, soumises à l’administration britannique conservèrent leur identité, leurs coutumes et leur langue française.


   DES CHEMINS QUI OUVRIRENT LA VOIE DU TOWNSHIP DE STANBRIDGE
     Les premières routes, utilisées par les pionniers, qui développèrent et peuplèrent notre territoire, furent sans doute les cours d'eau qui sillonnent nos régions.

    La rivière aux Brochets, bien avant l'arrivée de l'homme blanc, fut la voie des Abénakis et d’autres peuplades de nomades, pour leurs excursions de pêche et de chasse. Quelques vestiges de l’existence de ces nations ont d’ailleurs été retrouvés sur le parcours de la rivière aux Brochets, notamment au site « Gasser » à Pike-River, démontrant ainsi la présence de ces peuples autochtones dans notre région.

    L'histoire rapporte que le premier nom donné à cette voie d'eau par les Français fut «la rivière du Brochet» avant que les Britanniques la désignent par l’appellation « Pike River » qui, francisée, devint plus tard «Rivière aux Brochets ». C'est par cette route naturelle que se firent les premiers trocs entre Autochtone et colonisateurs. Cette rivière giboyeuse et abondante, qui s’écoule dans une forêt riche en essences de bois et possédant suffisamment de dénivellation pour installer barrages et moulins, incita la venue de nouveaux colons. « La rivière aux Brochets » devint donc un des premiers motifs du développement de notre région.

    En 1690 et 1691, les autorités françaises organisent les fortifications sur le Richelieu, suite à l'invasion des Britanniques par cette voie d'eau. Ce contexte de guerres entre Français et Anglais décourage les colons de s'établir dans le Haut-Richelieu. Donc l'échec de la colonisation explique le peu de routes construites dans la région sous le régime français.
    Durant la guerre de la conquête (1754 à 1760) la voie d'eau du lac Champlain et du Richelieu se révèle d'une importance capitale tant pour les Français que les Anglais. C’est l’époque où les forts, érigés par les Français, tombent sous le giron britannique. Moins d’une décennie plus tard, la révolte gronde dans les treize colonies américaines et la rivière Richelieu devient une voie naturelle d'invasion. Lors de cette guerre d'indépendance, des milliers de loyalistes, demeurés fidèles à la couronne britannique, viennent s'installer dans le haut Richelieu et dans les townships. La colonisation de ces territoires par les loyalistes voit naître un début de réseaux routiers.

   LA « GRANDE-LIGNE » ET LE « MACY RIDGE » (RG. St-Joseph)


    La partie est de la Grande Ligne vers Notre-Dame est constituée de terres concédées à partir de 1820 qui faisaient alors partie de la seigneurie de Sabrevois. Ce petit territoire à la croisée des seigneuries de Bleury, de Sabrevois et du township de Stanbridge se détacha de la seigneurie mère pour se joindre au township voisin. *En mai 1836, cette partie de Sabrevois fut annexée au canton de Stanbridge.
*Cession et vente par Robert Jones de cette partie de la 8e concession. Enregistrée par le notaire P.P. Demaray le 20 mai 1836. Noël Françoise; Gabriel Christie’s seigneuries, Vol. II.
Selon ce que rapporte l’arpenteur *Joseph Bouchette, il y avait à cet endroit, au début du XIXe siècle, un commencement de colonisation qu’il décrit dans sa topographie générale du Bas-Canada, publiée à Londres en 1815. De 1817 à 1825, la plupart des terres de Sabrevois étaient donc concédées.


    *Joseph Bouchette (né le 14 mai 1774 et mort le 8 avril 1841) est un arpenteur, géographe, cartographe et militaire canadien. Arpenteur général du Bas-Canada, il joue un rôle important dans l'histoire de la topographie de ce qui est aujourd'hui le Québec. Il était l’oncle de Marie Angélique Hay DesRivières, un personnage de notre histoire que nous connaissons bien! (tout est dans tout! Comme dit le poète)


    La portion de Sabrevois qui nous intéresse, c’est celle de la 8e concession (côté est du rang Saint-Joseph). Elle longe le township de Stanbridge et va du sud au nord s’intégrant à la municipalité appelée depuis 1846, Notre-Dame-des-Anges-de-Stanbridge partie ouest ». À cet endroit se trouvaient les terres (#1 à 15) mesurées par l’arpenteur Seth Warner et qui furent concédées du 19 décembre 1820 au 22 mars 1827.

    Le chemin de la « Grande Ligne » délimitait, en quelque sorte, les seigneuries de Sabrevois et de Bleury ; il aboutissait dans les townships à la hauteur du village de Notre-Dame-de-Stanbridge.
    Le côté ouest du chemin « Macy Ridge » (rang Saint-Joseph) faisait partie du territoire de Saint-Alexandre et comprenait 24 terres qui furent concédées, du 18 décembre 1819 au 2 mars 1832 par le sieur Edmée Henry, mandataire du sieur Christie Burton propriétaire de plusieurs autres seigneuries dont celle de Sabrevois. Cette partie de la 8e concession, arpentée par Alex Stevenson en 1819, situait ces terres entre le rang des Irlandais (Sainte-Marie) et le Ridge (Saint-Joseph) en intégrant une partie de la « descente » entre ces deux chemins.
    Le rang Saint-Joseph, nommé de prime abord « Messier », du nom du premier habitant, portera ensuite diverses appellations : « Macy Ridge » (déformation de Messier) », « Ridge Road », « Ridge » et finalement « rang Saint-Joseph ».


    Les noms des premiers propriétaires des lots 1 à 15 de cette partie de la 8e concession du « Ridge » étaient pour la plupart des loyalistes, des Irlandais, des Écossais et des Américains. Les appellations anglophones des lieux étaient donc monnaie courante à l’époque. Dès 1820 sur ces lots, nous retrouvons les défricheurs qui ont formé le premier embryon de notre communauté : Farrel, Brady, Blakely, Duquet et Wehr. Plus tard s’ajouteront, les Hanigan, Droeser, et Sénésac. Dans un recensement de 1825, du Bas-Canada, pour le district de Bedford, aucun nom à consonance française n’apparait.


    Plus tard quelques Canadiens français partagèrent leur voisinage; nous retrouvons au milieu du XIXe siècle des familles, Béchard, Dagesse, Poirier, Duquette, Hébert, Lord, Provost et Simard. Ces « Canadiens* » provenaient pour la plupart des territoires seigneuriaux voisins de Bleury, Sabrevois, Monnoir, Foucault, Noyan , Saint-Armand et aussi de l’Acadie (la petite Cadie) près de Laprairie .

    À cette époque, on utilisait le terme « Canadien » pour identifier les Canadiens d’origine française)
   Le chemin de la « Grande Ligne » appelé chemin de la colonisation côtoyait les seigneuries de Sabrevois et de Bleury. En 1843, cette route partait en droite ligne « du ruisseau Barbotte » près de « Christieville » (Iberville) pour aboutir à un hameau appelé « Wehr’s Mills », première agglomération sur cet axe, du township de Stanbridge.


    Le gouvernement du Bas-Canada fit tracer et construire le chemin « Grande Ligne », donnant ainsi accès à des territoires qui semblaient jusqu’à présent vierges. L’implication du sieur Robert Jones élu représentant de Missisquoi de 1841 à 1844 et l’apport de la famille DesRivières qui fit ponter cette voie en 1843 permirent de faire plus facilement le lien entre Saint-Athanase (Iberville) et les townships.


    Cette route primitive, parmi les rares infrastructures de l’époque, traversait le grand territoire de Saint-Alexandre, pour croiser le « Macy Ridge » (rang St-Joseph). Saint-Alexandre, c’était un territoire ou une communauté « Canadienne » était déjà bien établie et implantée. Ces familles qui avaient défriché, cultivé et peuplé, une bonne partie de ces terres, comptaient fréquemment 12 à 15 enfants; elles ne pouvaient donc plus morceler leur patrimoine, pour tous les établir. Conséquemment, les lots des townships étant libres et accessibles, plusieurs de ces familles en profitèrent pour s’y installer.


    Une migration canadienne-française s’est donc effectuée suivant la « Grande Ligne » pour occuper une partie des townships et particulièrement celle de Stanbridge. Les familles Nolin, Ouimet, Landry, Gervais, Lareau, Gosselin, Galipeau, Bedford, Racine, Lanoue et plusieurs autres sont venues ainsi, se fixer, en bordure de ces routes, peuplant les terres sur leur parcours. Ces familles pour la plupart, de nos ancêtres, ont collaboré à la naissance d’une communauté canadienne-française dans cette partie des cantons où la présence anglophone prédominait.