Des nouvelles de la fabrique Notre-Dame-des-Anges- Novembre 2025
« UN PATRIMOINE EN DANGER ! » C’était le titre d’un message que je transmettais
en 2009, dans le journal l’Ami, relatif à l’avenir de notre paroisse. Déjà des
inquiétudes se concrétisaient. Ce sujet, toujours d’actualité, nous porte à faire la
réflexion suivante : que représente pour nous cet héritage, ce patrimoine culturel
et bâti ? Par quelle approche, pouvons-nous le protéger ?
Notre conseil de fabrique a bien entamé sa réflexion et tentera bientôt de vendre
certains de ses actifs, pour, premièrement, stabiliser ses finances tout en
continuant à donner les services religieux aux paroissiens. La fabrique a aussi une
dette envers son cimetière. Des montants, empruntés aux comptes du cimetière,
lors de réparations et réaménagements de l’église entre les années 1960 et 1975,
doivent être remis dans son compte patrimonial, pour protéger l’entretien à
perpétuité des corps des défunts qui y résident. Oui, notre paroisse peine à
rembourser cet emprunt, et c’est une des raisons qui nous pousse à vendre
certains actifs. Mais pas d’inquiétude du côté des cimetières qui eux « ne mourront
jamais » du moins, pas du siècle en cours puisque des règles canoniques et civiles
bien établies les protègent à jamais. Nos ancêtres et nos contemporains qui y sont
et seront inhumés peuvent y reposer en paix !
Donc voici ce texte qui curieusement me rappelle que cette question épineuse n’a
pas changé avec le temps…
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UN PATRIMOINE EN DANGER! Texte de Ginette Gendreault, 4 septembre 2009
« Vers 1800, quand Hugh Finlay et ses 39 associés loyalistes se partagèrent le canton
de Stanbridge, on vit apparaître dans différents hameaux émergeant ici et là, des petites
chapelles et des petites églises, construites par les anglicans, les protestants et autres
communautés religieuses liées à ces collectivités.
Le territoire de Stanbridge, voisin des seigneuries françaises, ou, abondaient les
dessertes, les chapelles et les églises catholiques, a été le premier à ouvrir la porte à la
religion catholique. Souvenons-nous que ce territoire était principalement destiné aux
loyalistes de l’Empire britannique, et que c’est avec l’arrivée, de la prospère famille
DesRivières, que ce « miracle » s’est produit.
Au détour de la rivière aux Brochets, à l'endroit nommé « Malmaison », les DesRivières
construisirent, de chaque côté de ce cours d'eau, relié par un pont couvert, un moulin à
scie et un moulin à farine, actionnés par le pouvoir de l’eau. Ils louèrent leurs terres pour
leur bénéfice et au bénéfice de ces moulins, à des habitants venus exploiter les
ressources de la région. Au fil du temps, une communauté de plus en plus nombreuse et
francophone, provenant des seigneuries voisines, s’établirent dans la région. Les
habitants canadiens-français, majoritairement catholiques, des seigneuries telles que
Sabrevois, Noyan, Monnoir, formèrent désormais une communauté bien installée dans
la région de Stanbridge, et quelque vingt-cinq ans plus tard, on y dénombrait plus de
trois mille catholiques pratiquants.
Un héritage lourd à supporter :
Le traité de Paris, en 1763, convenait d’accorder aux habitants du Canada la liberté de
religion…chacun pouvant exercer sa foi selon son choix et dans la mesure de ses
moyens. De plus, avec l’élection de Louis-Hyppolyte Lafontaine comme premier ministre
du Canada en 1842, une loi fut votée en 1851 par la Chambre statuant sur ce principe
fondamental en matière de liberté religieuse. Cette loi, sanctionnée par la reine Victoria
en 1852, permit à l’Église canadienne de n’être plus assujetti légalement par le pouvoir
civil du Canada.
La population grandissante, les routes peu carrossables en hiver, la distance à parcourir
pour assister au culte ou pour recevoir un sacrement, chaque village voyaient
l’obligation de se construire un temple répondant aux besoins religieux et à l’ardeur de la
foi de ses paroissiens.
De la première chapelle de la famille DesRivières, aux somptueuses églises de tout le
canton, on assiste à la prolifération de lieux de culte catholiques. Nécessité oblige,
l’augmentation de la population catholique permet la formation en 1852 du nouveau
diocèse de Saint-Hyacinthe, comprenant ces nouvelles paroisses. (Le diocèse de Saint-
Hyacinthe fut créé en 1852 à la demande de Mgr. Ignace Bourget deuxième évêque de
Montréal.)
Ces petits bijoux que nos ancêtres ont bâtis au sein de nos paroisses s’inscrivent au
coeur de notre histoire et de notre paysage comme un bien collectif, comme un héritage
commun. Ces églises sont toutes différentes les unes des autres et chacune possède
sa propre personnalité. Immenses et d’architecture souvent inspirée par nos origines,
c’est le monument le plus illustre de l’endroit, témoin de toute la vie des membres de sa
communauté, rappelant les baptêmes, les mariages et les sépultures.
À l’époque de leur érection, chaque paroisse avait son curé et quelques fois un vicaire.
Le prêtre officiait souvent deux messes par jour, suivant la demande. Le dimanche il
prédisait une grand-messe et deux basses messes recevant les confessions avant et
officiant les vêpres à dix-huit heures. Des offices spéciaux durant l’Avant et le carême, le
chapelet du mois de Marie et celui du Sacré-Coeur, la visite de paroisse, la marche au
Catéchisme, les baptêmes, les mariages, la présence au chevet des malades, les
funérailles : c’était l’homme le plus important, le plus influent, le plus instruit et le plus
occupé de la communauté. Il tenait aussi obligatoirement les registres d’état civil par
professionnalisme et soucis d’exactitude, tenant des statistiques, qui sans ces scribes
religieux auraient été oubliées.
À mesure que l’on avance dans le 20e siècle, l’influence religieuse s’estompe et la
religion est démystifiée. Les années 1970 voient les paroissiens en majorité déserter les
églises et opter pour une pratique plus personnalisée de leurs spiritualités et de leurs
croyances.
En 2005, le Québec compte encore quelque 3000 lieux de culte. Ici plus qu’ailleurs, ces
églises ont profondément marqué le développement rural et urbain en regroupant autour
de son clocher, une population intéressée à professer sa foi dans un milieu de vie, lui
permettant de la gagner. Ce patrimoine culturel, légué par nos ancêtres, est-il en voie de
disparition ? « Dans cette première décennie du 21e siècle, plus de la moitié de ces
églises se voient désaffectées : déjà de 1995 à 2003, une église ou une chapelle
catholique sur trois a été fermée » * (ces chiffres de 2005 sont compilés par la Direction
stratégique et de l’Évaluation de programmes du ministère de la Culture et des
Communications du Québec à partir de l’Annuaire des Églises Catholiques du Canada).
La réorganisation des paroisses ne réussit pas à combler le manque de prêtre pour la
trop grande quantité d’églises à entretenir et à administrer. Le diocèse questionne… le
paroissien s’inquiète. Qu’est-ce que l’avenir réserve à ces belles bâtisses ??
Nos ancêtres ont-ils vu trop grand ?? »
Ginette S. Gendreault
Fabrique Notre-Dame-des-Anges.