Les Wehr

Christian Wehr (1)


    Nous avons toujours situé les débuts du peuplement de notre village, à l’arrivée sur place de la famille DesRivières, soit vers 1830-40. Mais dès 1801, plusieurs des associés de Hugh Finlay, ( premier concessionnaire du canton de Stanbridge) commençaient à exploiter leurs lots. En 1802, Finlay en mauvaise situation financière, cède ses appartenances de Stanbridge à un riche marchand de Montréal, James McGill. Ce dernier avait épousé la veuve de Joseph-Amable DesRivières, un de ses associés. Mères de deux fils, les descendantes de ces derniers hériteront et développeront les propriétés de McGill dans Stanbridge à partir de 1830.

    Au début du 19e siècle, ce township n’était pas complètement inhabité et nous estimons que la Couronne avait commencé à distribuer des « lots réservés » qui ne faisaient pas partie de la succession McGill/Des Rivières. De plus, la partie nord-ouest de ce territoire, n’était alors qu’une immense forêt ou l’on retrouvait quelques rares colons çà et là, sur des lots contigus aux territoires des Seigneuries avoisinantes.

    Selon Mme Catherine Mathilda Day, une historienne du 19e siècle, les premiers colons actifs dans Stanbridge arrivèrent autour de 1797 et les premiers villages apparurent tout près des digues le long de la Rivière aux Brochets et ses affluents. 

    L’abbé Isidore Desnoyers, qui a écrit plusieurs monographies paroissiales de notre région entre 1884 et 1889, appuie les recherches de cette historienne en désignant quelques-uns des premiers colons venus s’établir chez nous. : « Un nommé Speer, allemand, habitait, depuis 1812, dit-on, sur le Chemin de la Grande Ligne à la Malmaison actuelle; Christian (Christjohn) Wehr, Esq., lieutenant-colonel, possédait dès 1820 un assez vaste terrain et un moulin à scier au village, appelé plus tard Saint-Charles de Stanbridge. D'autres familles, les  Speer, les Burgain, les Boomhower, les Best, les McKinney etc…étaient échelonnées par petits groupes, sur la rivière aux Brochets ou rang Notre-Dame. » Desnoyers (Isidore,histoire de Notre-Dame-des-Anges-de-Stanbridge, p.34)


    Christian Wehr est un des loyalistes venus des États-Unis suite à la guerre d’Indépendance américaine de 1775. Cette guerre et la conquête du Canada par l'Angleterre amènent la création de deux pays - le Canada et les États-Unis.  l’Angleterre organisera son nouveau territoire sous forme de townships.  

    En 1801, le township de Stanbridge est concédé à Hugh Finlay, leader d’un groupe de 39 associés et en 1802, Finlay, endetté et malade, cède ses propriétés de Stanbridge à James McGill et Isaac Todd.

    Dans le plan cadastral de ce township, arpenté en 1795, un lot est attribué en 1815, au loyaliste Christian Wehr. 
Le lot 19 du 9e rang du township de Stanbridge, était un de ceux réservés au clergé. Inclus dans le cadastre de Stanbridge, il ne faisait pas partie des concessions  que  McGill eu de Finlay et qu'il laissera en héritage à ses fils adoptifs: les DesRivières


    Les arpenteurs découvrent sur ces lots, des endroits intéressants pour établir barrages et moulins puisque la rivière aux Brochets   sillonne toute la région. Ces lots trouvèrent vite preneurs tant pour l’exploitation que pour la spéculation. 


    Voici comment l’abbé Isidore Desnoyers, décrit le lot 19, dans sa monographie de 1885, de la paroisse Notre-Dame-des-Anges de Stanbridge.


« C’est un assez vaste terrain situé au nord de la rivière aux Brochets, entre le ruisseau Morpion à l’ouest et un autre ruisseau à l’est, l’espace d’environ dix arpents sur la profondeur des terres ».

     Christian Wehr est donc le premier exploitant et pionnier,de cette partie du territoire et pour ainsi dire le fondateur du village de Notre-Dame-de-Stanbridge. 


   L'épopée  de Wehr:


    C'est vers 1770 que Christian Wehr, son épouse Gertrud Hauver et leur fils nouveau né, émigrent avec plusieurs de leur compatriotes vers une des  colonies américaines ou ils s'installent sur des terres près d'Albany, New York.

    En 1775,  la révolte éclate dans les 13 colonies.  La guerre d’Indépendance,  fait rage et  oppose les loyalistes aux révolutionnaires américains; c’est suite à la victoire des patriotes (défaite de Saratoga 1777) que Christian Wehr, lieutenant dans un des régiments loyalistes, se voit  chassé de ses terres et dépouillé de ses biens. Il migre alors vers une autre colonie britannique nouvellement conquise. Le Canada deviendra sa terre d’accueil.

    Par le lac Champlain, avec un groupe de ses compatriotes d’origine allemande, démuni,   Wehr quitte le territoire américain et s’installe à « Missisquoi Bay » dans la seigneurie de Saint-Armand, près de la frontière. (Philipsburg)


    (1784-1815) Après de nombreuses années à vivre dans l’incertitude et à cultiver une terre qui ne lui appartient pas, il obtient, finalement, après plusieurs requêtes auprès du gouverneur, cette partie du lot 19 du 9e rang du Township de Stanbridge.

    En 1824, Christian Wehr (père) décède à l’âge de 93 ans. Il est inhumé dans le cimetière surplombant le village de Phillipsburg. Son fils, Christian, continuera l’exploitation de sa concession..

    En 1820, sur le lot 19 du 9e rang du township de Stanbridge, Christian Wehr (fils) érige sur la rivière aux Brochets, un barrage pour donner du pouvoir à un moulin à scie. Avec ses 2 fils, il fera de ce lot, un petit centre industriel et commercial. Quelques années plus tard, en 1825, un autre moulin à scie sera construit, en face, sur le côté sud de la rivière. Le commerce du bois sera l'exploitation familiale jusqu’en 1860.


    Pendant près de 40 ans, ce « chantier » qui comptait alors, un barrage, deux moulins à scie, une tannerie et une douzaine de maisons fut désigné sous l'appellation « Wehr’s Mills ».


    Les fils Wehr, assuraient la gérance des  moulins. L’aîné, John Peter, exploitait le moulin du nord et habitait une maison près du barrage.  Sise au 1047 rue Principale, nous l' identifions aujourd’hui comme « la maison du meunier ». Elle est sans doute la plus ancienne maison du village et  la propriété depuis plus de 40 ans du fils cadet du dernier meunier ayant exploité le moulin et le barrage.


    George Augustus le cadet, celui des fils Wehr qui exploitait le moulin du Sud, demeurait dans la maison près du ruisseau de l’est, maison qui deviendra plus tard en 1867, le premier bureau de poste de la communauté, administré par sieur Louis Charles Gauvin. Située au 1104 rue Principale, cette maison est aussi considérée comme une des premières habitations du village.


    La famille de Christian Wehr et Catherine Best, composée de 13 enfants,  vivaient à l'époque sur une terre du Macy-Ridge. (Rang St-Joseph). La plupart de leurs enfants sont nés à Philipsburg. Christian, est décédé en 1843 âgé de 73 ans, laissant  sa terre du Macy Ridge à son épouse et son fils aîné. Les moulins deviennent la propriété des deux fils John Peter et George Augustus, déjà bien établis sur place. Ils opéreront avec plusieurs employés  jusqu’en 1860 ; John Peter décède en 1856, George Augustus continue cette entreprise  qui fera faillite en 1860. Elle sera vendu par le «Sheriff » à un certain Julien Couture de Saint-Alexandre spécialisé dans le cardage de la laine.. George décèdera en 1861.


    Toujours selon  les écrits du père Desnoyers,  Christian et ses fils furent inhumés dans un petit cimetière familial du lot 19, sur un terrain aux abords de la rivière aux Brochets, au pied du barrage. Plusieurs doutes ont planés sur l’existence de ce cimetière, mais presque cent ans après la dernière inhumation, la pierre tombale de Christian fut retrouvée. Des « passionnés d’histoire » l'on replacée, près de la rivière, en souvenir de ce bâtisseur.

Christian Wehr (2)

   CHRISTIAN WEHR :  "UNITED EMPIRE LOYALIST" 

    L’épopée de ce pionnier de la première heure  est un voyage dans le temps que je vous invite à parcourir. C’est grâce à la présentation par Jef Asnong de l’histoire de Notre-Dame-des-Anges de Stanbridge, écrite entre les années 1884-1886 par l’abbé Isidore Desnoyers que ce personnage nous est apparu dans toute sa lumière. Son histoire témoigne des difficultés de la vie de ces premiers migrants loyalistes, de leur débrouillardise et de leur initiative à développer notre coin de pays.

   GUERRE D’INDÉPENDANCE 
 
     Nous voilà en 1784, à la fin de la guerre d’indépendance des États-Unis. Des soldats restés loyaux à la Couronne britannique, sont sommés de quitter les Colonies, désormais affranchies de la Grande-Bretagne. Migrant par le lac Champlain, ils arrivent  à « Missisquoi Bay », premier siège permanent de peuplement de colons d’origine euro-américaine dans la région de Saint-Armand.

    Établi sous le régime français, ce territoire seigneurial, demeurera tout de même inhabité, selon les critères européens de l’époque.  Il sera, en fait le seul endroit de notre région où des terres auront été octroyées en seigneurie sous le régime français. 

    Victorieux des Français pendant la guerre de Sept Ans, les impérialistes britanniques tentèrent aussi par des efforts soutenus de contrôler les colonies américaines leur imposant des taxes qui provoquèrent des protestations et des émeutes qu’ils durent rabrouer par la force militaire. 

    Bien que ce ne fussent pas tous les habitants des treize colonies s qui s’opposèrent à la Grande-Bretagne, la lutte entre ceux-ci et leur mère patrie fit naître deux nations : Les États-Unis et le Canada. Ceux qui restèrent fidèles à la couronne britannique et qui souhaitaient continuer à demeurer parmi les colonies anglaises furent appelés loyalistes. Ces derniers durent, suite à la victoire des révolutionnaires américains, quitter leurs domiciles et abandonner leurs biens pour aller s’établir plus au nord, dans ce qui demeurera l’Amérique du Nord britannique; le Canada. 

   Les historiens estiment que dix à quinze pour cent de la population des treize colonies s’opposèrent à la révolution. Ces « loyaux » qui s’affichèrent contre cette rébellion, furent persécuté et puni par leurs adversaires majoritaires. Pour eux, une seule solution s’imposait : s’exiler. » (Histoire des Cantons de l’Est; par Jean-Pierre Kesteman,… résumé)

   SAINT-ARMAND; UNE PORTE D’ENTRÉE

    « On avance que 10 000 loyalistes émigrèrent vers la partie du Haut-Canada, aujourd’hui l’Ontario et que 25 000 autres se déplacèrent vers le bas Canada (Québec, Nouvelle-Écosse et l’ile du Prince Édouard) » (Les Seigneuries du lac Champlain, par Philippe Fournier).

    Des loyalistes, américains d’origine allemande s’établirent alors sur les terres de Saint-Armand (Missisquoi Bay), à la fin de la guerre. C’est donc sur ces berges qu’émerge le premier village de la région, nommé « Philipsburg », en l’honneur de l’un des habitants les plus en vue de l’endroit: le Sieur Philip Ruiter. Ce dernier fut pendant plusieurs années l’agent seigneurial de Thomas Dunn, propriétaire de cette seigneurie, dont les terres ont alors été commuées en franc et commun soccage. 

    Ces migrants se sont  installés sur ce territoire contre les volontés du gouverneur de l’époque, sir Frédérick Haldimand.  Ne détenant aucun titre de propriété légal pour les terres qu’ils occupent, verront leur situation se régulariser après 1792 avec l’ouverture officielle des « Townships » à la colonisation. 

    L’ancienneté de leur arrivée et de leur passé militaire, confèrent à ces loyalistes du prestige aux yeux de leurs  concitoyens, leur permettant d’occuper certaines charges publiques d’importance. Nous assumons toutefois que ces premiers colons n’ont pas réussi ou n’ont pas voulu établir leurs enfants dans la région. Ceci explique qu'ils ont eu tôt fait, une fois les townships ouverts à la colonisation, de spéculer sur les terres des environs et d’obtenir des concessions dans les townships avoisinants pour s'y établir.



   CHRISTIAN WEHR; ORIGINAIRE DE L’ALLEMAGNE :

    Né en Allemagne (Palatinat) en 1731, il possède la même histoire que plusieurs de ses compatriotes : chassés de l’Allemagne à cause de leur religion, accueillis en Angleterre et protégés par la couronne britannique; ils migrent éventuellement dans les colonies américaines. Quand la guerre d’indépendance éclate en 1776, ils y participent par fidélité, sous le drapeau anglais. Allemands, Loyalistes ils s’exilent au Canada lors de la vague de migration de 1784. Peu avant la guerre d’indépendance (1773) certains documents nous permettent de retrouver Christian Wehr ( père) sur une terre de la petite ville de Claverack près d’Albany dans l’état de New York. Plusieurs familles allemandes s’y retrouvent aussi, dont les Haver (Hauver) avec laquelle il tisse des liens. Il épouse Gertrude, fille de Christian Haver, établi à cet endroit depuis quelques années. De son beau-père, il obtient une terre de 30 acres qu’il exploite et sur laquelle il bâtit lui-même sa maison. Rien ne précise l’année de l’arrivée en Amérique de Christian Wehr. Mais entre le jour de sa naissance et la déclaration de la guerre d’indépendance, près de quarante-cinq ans se sont écoulés. Il est alors propriétaire d’une terre avec bâtiments, il est marié et a un fils né en 1770 (selon certains documents) et qui aurait été baptisé le 20 février 1774 à Germantown, Columbia, N.Y.

   SOUS LES DRAPEAUX!

    Christian Wehr aurait joint les forces de Sa Majesté en aout 1777 (avec le grade de Capitaine) sous le commandement du Général John Burgoyne, qui marchait vers Saratoga, lieu où il fut vaincu de façon décisive en octobre 1777.

« On 17 October 1777, British General John Burgoyne surrendered his army according to terms negotiated with American general Horatio Gates following the 7 October Battle of Bemis Heights. The terms were titled the Convention of Saratoga, and specified that the troops would be sent back to Europe after giving a parole that they would not fight again in the conflict. The British army was accorded the honours of war, and Burgoyne had his sword returned to him by Gates. »
« The Continental Congress ordered Burgoyne to provide a list and description of all officers to ensure that they would not return. When he refused, Congress revoked the terms of the Convention, resolving in January 1778 to hold the army until King George III ratified the convention, an act they believed unlikely to happen, as it represented an acknowledgment of American independence».
(Le 17 octobre 1777, le général britannique John Burgoyne capitula avec son armée conformément aux termes négociés avec le général américain Horatio Gates, après la bataille de Bemis Heights le 7 octobre. Ces termes, connus sous le nom de Convention de Saratoga, stipulaient que les troupes seraient renvoyées en Europe après avoir donné leur parole de ne plus combattre dans ce conflit. L'armée britannique reçut les honneurs de la guerre et Burgoyne récupéra son épée auprès de Gates.Le Congrès continental ordonna à Burgoyne de fournir une liste et une description de tous les officiers afin de s'assurer de leur non-retour. Face à son refus, le Congrès révoqua les termes de la Convention et décida, en janvier 1778, de retenir l'armée jusqu'à la ratification de la Convention par le roi George III, un acte qu'il jugeait improbable, car il équivalait à une reconnaissance de l'indépendance américaine).

    Devant quitter les colonies, Wehr se retrouve au Canada, dans la Milice du « King’s Royal Regiment of New York », sous les ordres de Sir John Johnson, avec un grade de Lieutenant. Il aura sa libération de l’armée en 1883. À l’automne de 1884, nous le retrouvons à « Missisquoi Bay » avec sa famille et d’autres de ses compatriotes; endroit où il renoue avec son métier de fermier. 

    Le Gouverneur Haldiman, administrateur de l’époque, ne souhaite pas que ces loyalistes demeurent à « Missisquoi Bay », il craint de les voir retourner dans leur pays d’adoption, puisqu’à cette époque, le Vermont n’avait pas encore signé son alliance avec les colonies indépendantes.

    Installés à « Missisquoi Bay » ces « loyaux » circulent sur les territoires de Stanbridge, et constatent que ces terres sont fertiles, que la rivière peut donner assez d’énergie pour l’exploitation de moulins et que les essences de bois contenues sur ces lots sont intéressantes et recherchées pour la construction de navires et d’habitations.

    Ce territoire étant à proximité des ports de « Phillipsburg » de « Pike River » et des marchés de Saint-Jean, il est plus facile pour eux de faire commerce et se battent pour y rester. Beaucoup de pétitions furent alors envoyées aux responsables du gouvernement; beaucoup de requêtes furent signées et écrites par Christian Wehr, père, pour lui et ses compagnons. Mais « malgré l’interdiction du Gouverneur Haldiman et sans support du gouvernement britannique, ces loyalistes provenant des nouvelles colonies américaines s’établirent quand même au site de Philipsburg. (Missisquoi Bay ») (Kesterman et al, p.85-86)

    Haldimand multiplie les menaces à l’endroit de la petite colonie de Saint-Armand, allant même jusqu’à leur couper les rations qui leur étaient accordées par la couronne pour services rendus. Il les  menace de brûler leurs maisons s’ils n’acceptent pas d’être déplacés vers la baie des Chaleurs ou Kingston (Cataraqui). Mais rien n’y faisait! Ces gens n’avaient aucune intention de s’isoler vers des endroits trop éloignés de leurs demeures.

   STANBRIDGE :

   La confiance et l’entêtement de Wehr, lui donneront finalement, raison des politiques britanniques. Il finira par obtenir en 1815, une concession du township de Stanbridge à l’ endroit souhaité. Un terrain (partie du lot 19 du 9e rang) de dix arpents situé au nord de la rivière aux Brochets, entre deux ruisseaux (Morpion et Charron), permettra l’établissement d'un barrage et  de moulins à scie, aux abords de cette rivière dont le parcours sillonne presque tout le township de Stanbridge et dont le relief se prête très bien à l’utilisation de l’énergie hydraulique à des fins « industrielles ». Ce lieu, appelé dès lors « Wehr Mills », deviendra en 1889, la municipalité de « NotreDame-de-Stanbridge ».

   LE FILS : CHRISTIAN WEHR

    Né en 1774 dans l’état de New York, il migre avec ses parents à « Missisquoi Bay », à la fin de la guerre d’Indépendance.
« C’est vers 1815 que son père, devint propriétaire d’un vaste terrain situé au nord de la rivière au Brochet entre le Morpion Creek à l’ouest et un autre Creek (ruisseau) à l’est, l’espace d’environ 10 arpents, sur la profondeur des terres. Primitivement cet endroit fut appelé « Place Wehr » et plus d’un demi-siècle après, place Gauvin du nom du Sieur Louis-Charles » (Extrait des notes de l’abbé Isidore Desnoyers, Histoire de Notre-damede-Stanbridge .p.165)
    Ce lot du township de Stanbridge était un de ceux réservés au clergé. Dans les townships, un lot sur sept était réservé au clergé protestant et un lot sur sept, réservé à la Couronne.

    Les « Wehr » obtinrent cette concession en remerciement pour services rendus envers la couronne britannique. Ironiquement, bien que Christian Wehr père appose sa signature et en devient propriétaire, c’est son fils qui en aura la charge et en profitera.

   NAISSANCE D’UN CENTRE INDUSTRIEL!

« Là est un magnifique pouvoir d’eau, lequel a été exploité de temps immémorial. La tradition nous apprend, que vers l’année 1820, Christian Wehr (jr), Écuyer, Lieutenant-colonel de milice, propriétaire du terrain, y bâtit en bois le premier moulin à scies, au nord de la rivière, presqu’en face du presbytère actuel. Quelques années plus tard, vers 1825, Sieur Wehr construisit semblable édifice, du côté sud, vis-à-vis le premier et destiné au même usage. » (Extrait des notes de l’abbé Isidore Desnoyers, Histoire de Notre-Dame-des Anges-de-Stanbridge)

    L’importance de l’exploitation des moulins à cette époque (1815-1820) relevait du fait que l’armée britannique avait besoin de bois pour la construction de navires et que la Rivière aux Brochets se déversant dans le lac Champlain était un axe favorable pour transiter cette marchandise à partir de ses ports de Pike River et de Phillipsburg, en direction des chantiers américains et canadiens. De plus, le répertoire des essences de bois, effectué lors de l’arpentage du territoire, démontrait que l’exploitation de moulins à scier serait un apport plus qu’intéressant pour le développement de la région. Les Wehr avaient surement noté ces indications lors de leurs passages et en ont profité pour établir à cet endroit, barrage et moulins, amenant ainsi des travailleurs qui s’installèrent à résidence.

   LA TERRE DU MACY RIDGE :

    Actuel rang St-Joseph, Municipalité Notre-Dame-de-Stanbridge
Partie de la Seigneurie de Sabrevois annexée en 1846 au canton de Stanbridge

    Le 19 décembre 1820, Christian fils, devint en plus, propriétaire d’un terrain désigné sous le lot 12 dans le 8e rang de la Seigneurie de Sabrevois, terrain d’environ 187 acres (aujourd’hui rang St-Joseph de la municipalité de Notre-Dame-de-Stanbridge). Dans cette vente, l’avocat Edme Henry qui représentait le propriétaire, n’était nul autre que le Général des armées de sa Majesté et résidant en Angleterre : Napier Christie Burton. ((Cette partie du territoire sera annexée au canton de Stanbridge lors de la constitution de la municipalité Notre-Dame-des-Anges de Stanbridge en 1846). Sur cette terre, mesurée en novembre 1820 par l’arpenteur de l’époque, Seth Warner, Christian Wehr fils reprit son travail de fermier; avec son épouse ils élevèrent une nombreuse famille et leurs descendants exploitèrent cette terre pendant plus de cent ans. NOTE : Christian fils avait, lui aussi, pris les armes lors de la guerre de 1812, dans ce conflit militaire qui entraina le Canada dans l’opposition entre les Américains et l’Empire britannique.

   LA GUERRE DE CHRISTIAN (fils) :

    Christian Wehr fils, habite à Philipsburg lorsqu’il succède à Philip Luke à la tête du 4e bataillon des townships pendant la guerre de 1812. Son père, un compagnon de la première heure de Luke à Saint-Amand, servit avec lui du côté britannique durant la guerre d’Indépendance.

    En 1831, grâce aux registres de milice, nous savons que Christian fils est toujours à la tête du 4e bataillon des townships. Si on ne trouve pas de mention de Christian Wehr fils, dans le recensement de 1831 c’est que nous assumons que son lieu de résidence se trouve alors dans la Seigneurie de Sabrevois, puisque le « Macy Ridge » en faisait partie.

    Nommé capitaine le 22 novembre 1806, il gravira les échelons et sera fait major le 2 janvier 1818 avant d’accéder au grade le plus élevé pour la milice locale, celui de lieutenant-colonel, le 1er mars 1823. Autre fait intéressant a son sujet, dans les notes monographiques du père Isidore Desnoyers, relatant l’histoire de la paroisse de St-Damien de Bedford et décrivant la formation de régies pour l’établissement d’écoles élémentaires dans le township, nous retrouvons en 1830, Christian Wehr, impliqué dans sa communauté comme président de cette assemblée.
    « En 1843, devant le notaire Demers de Stanbridge, Christian Wehr, ancien lieutenant-colonel de milice, résidant dans le township de Stanbridge et son épouse Catherine Best, désirant favoriser leur fils John Peter pour le récompenser des services qu’il leur a rendus, lui font donation entre vif, pure, simple et irrévocable de la terre de 187 acres du Macy Ridge de la Seigneurie de Sabrevois. »
    Christian Wehr mourut le 8 juillet 1843 à l’âge de 73 ans, il avait légué ses biens du lot 19 du 9e rang , à ses deux fils; la scierie du nord devint la propriété de George Augustus, tandis que celle du sud échut à John Peter, l’ainé.
   A cette époque, seulement une dizaine d’habitations existaient sur ce lot. Jadis, un cimetière près du barrage et des moulins indiqua pendant plusieurs années les sépultures de Christian Wehr (jr) et de ses fils, John Peter et George Augustus. Une de leurs pierres tombales est conservée sur un terrain privé, près de la rivière en leurs hommages.

   LA FIN DES MOULINS À SCIE WEHR :

    Les chantiers maritimes, malgré la fin de la guerre avec les États-Unis (1814) et malgré la paix instaurée sur le lac Champlain, s’ouvrirent à d’autres opportunités telles le transport de fret et les échanges commerciaux entre les deux pays. Ces échanges permirent aux Wehr d’exploiter leur commerce de bois jusqu’à la fin des années 1850. Lorsqu’en 1860 un certain Julien Couture achète les moulins et le barrage du lot 19 pour en faire des entreprises axées sur le textile, ce qui n’était alors qu’un hameau de douze maisons, prend en quelques années un élan considérable; le petit village est alors désigné sous l’appellation « Couture » du nom des principaux exploitants et propriétaires.
Quelques années plus tard, on le désignera sous le nom de « Saint-Charles de Stanbridge », nom attribué principalement à cause d’un bureau de poste établi en 1867 et opéré par le sieur Louis-Charles Gauvin. La croissance de ce village sera exceptionnelle; en une vingtaine d’années, la population se multiplie et on compte l’ajout de plus de 50 maisons.
L’effet « Couture » apporte la prospérité sur l’ensemble de la région. Le déménagement de l’église Notre-Dame-des-Anges en 1878 y joue aussi un rôle primordial. Suite à cet essor exceptionnel, le village de « Notre-Dame-de-Stanbridge » obtiendra enfin son statut municipal en 1889 par son incorporation officielle.



   L’HÉRITAGE DES WEHR : INDUSTRIEL, COMMERCIAL, HUMAINS…

    Christian Wehr, père, et Gertrude Haver, n’ont eu qu’un seul fils, tandis que Christian fils, et Catherine Best ont été les parents de deux fils et onze filles. Il va sans dire que la majorité des descendants de ces pionniers se sont unis et ont vécu dans les Cantons de l’Est.
   LES DESCENDANTS :

    John Peter 1er, fils de Christian junior, avait épousé Margaret Farrel née en Irlande en 1814. Elle est décédée en 1892 à Notre-Dame-de-Stanbridge. Les Farrel, une famille d’Irlandais était les voisins des Wehr dans le « Macy Ridge. » Les Farrel ont contribué au déménagement de l’église Notre-Dame-des-Anges au village de Saint-Charles. Leurs 8 enfants laissèrent une descendance importante chez nous.
George Augustus Frederick Wehr, le second fils, épousa Melissa Ayers, en 1834. Ils eurent 5 filles et 3 garçons dont la plupart firent souche dans la région. George fut le dernier Wehr à exploiter les moulins à scie de la famille. Nous verrons les inscriptions de cette famille dans les recensements de Stanbridge East vers 1860.
Bien que le patronyme Wehr soit pratiquement disparu de notre région, nous retrouvons encore, dans les Cantons, des noms reliés à cette nombreuse famille.




Christian Wehr (3)

   LA GUERRE DE CHRISTIAN FILS :

    Christian Wehr, fils, habite à Philipsburg lorsqu’il succède à Philip Luke à la tête du 4e bataillon des townships pendant la guerre de 1812. Son père, un compagnon de la première heure de Philip Luke à Saint-Amand, servit avec lui du côté britannique durant la guerre d’Indépendance.

    En 1831, grâce aux registres de milice, nous savons que Christian fils est toujours à la tête du 4e bataillon des townships. Si on ne trouve pas de mention de Christian Wehr fils, dans le recensement de 1831 c’est que nous assumons que son lieu de résidence se trouve alors dans la Seigneurie de Sabrevois, puisqu’à l'époque, le « Macy Ridge » en faisait partie.

    Nommé capitaine le 22 novembre 1806, il gravira les échelons et sera fait major le 2 janvier 1818 avant d’accéder au grade le plus élevé pour la milice locale, celui de lieutenant-colonel, le 1er mars 1823. Autre fait intéressant a son sujet, dans les notes monographiques du père Isidore Desnoyers, relatant l’histoire de la paroisse de St-Damien de Bedford et décrivant la formation de régies pour l’établissement d’écoles élémentaires dans le township, nous retrouvons en 1830, Christian Wehr, impliqué dans sa communauté comme président de cette assemblée.

    En 1843, devant le notaire Demers de Stanbridge, Christian Wehr, ancien lieutenant-colonel de milice, résidant dans le township de Stanbridge et son épouse Catherine Best, désirant favoriser leur fils John Peter pour le récompenser des services qu’il leur a rendus, lui font donation entre vif, pure, simple et irrévocable de la terre de 187 acres du Macy Ridge de la Seigneurie de Sabrevois.

    Christian Wehr mourut le 8 juillet 1843 à l’âge de 73 ans, il avait de plus légué ses biens du lot 19 du 9e rang du township de Stanbridge à ses deux fils; la scierie du nord devint la propriété de George Augustus, tandis que celle du sud échut à John Peter, l’ainé.
A cette époque, seulement une dizaine d’habitations existaient sur ce lot. Jadis, un cimetière près du barrage et des moulins indiqua pendant plusieurs années les sépultures de Christian Wehr (jr) et de ses fils, John Peter et George Augustus. Une de leurs pierres tombales est conservée sur un terrain privé, près de la rivière en hommage à ces fondateurs.



   LA FIN DES MOULINS À SCIE WEHR :

    Malgré la fin de la guerre avec les États-Unis (1814) et malgré la paix instaurée sur le lac Champlain, les chantiers maritimes, s’ouvrit à d’autres opportunités telles le transport de fret et les échanges commerciaux entre les deux pays. Ces échanges permirent aux Wehr d’exploiter leur commerce de bois jusqu’à la fin des années 1850. Lorsqu’en 1860 un certain Julien Couture achète les moulins et le barrage du lot 19 pour en faire des entreprises axées sur le textile, ce qui n’était alors qu’un hameau de douze maisons, prend en quelques années un élan considérable; le petit village est alors désigné sous l’appellation « Couture » du nom des principaux exploitants et propriétaires.
    Quelques années plus tard, on le désignera sous le nom de « Saint-Charles de Stanbridge », nom attribué principalement à cause d’un bureau de poste établi en 1867 et opéré par le sieur Louis-Charles Gauvin. La croissance de ce village sera exceptionnelle; en une vingtaine d’années, la population se multiplie et on compte l’ajout de plus de 50 maisons.
    L’effet « Couture » apporte la prospérité sur l’ensemble de la région. Le déménagement de l’église Notre-Dame-des-Anges en 1878 y joue aussi un rôle primordial. Suite à cet essor exceptionnel, le village de « Notre-Dame-de-Stanbridge » obtiendra enfin son statut municipal en 1889 par son incorporation officielle.


   L’HÉRITAGE DES WEHR : INDUSTRIEL, COMMERCIAL, HUMAINS…

    Christian Wehr, père, et Gertrude Haver, n’ont eu qu’un seul fils, tandis que Christian fils, et Catherine Best ont été les parents de deux fils et onze filles. Il va sans dire que la majorité des descendants de ces pionniers se sont unis et ont vécu dans les Cantons de l’Est.


   LES DESCENDANTS :

    John Peter 1er, fils de Christian junior, avait épousé Margaret Farrel, née en Irlande en 1814. Elle est décédée en 1892 à Notre-Dame-de-Stanbridge. Les Farrel, une famille d’Irlandais était les voisins des Wehr dans le « Macy Ridge. » Les Farrel ont contribué au déménagement de l’église Notre-Dame-des-Anges au village de Saint-Charles. Leurs huit enfants laissèrent une descendance importante chez nous.

    George Augustus Frederick Wehr, le second fils, épousa Melissa Ayers, en 1834. Ils eurent 5 filles et 3 garçons dont la plupart firent souche dans la région. George fut le dernier Wehr à exploiter les moulins à scie de la famille. Nous retrouvons dans les registres les inscriptions de cette famille dans les recensements de Stanbridge East vers 1860.

    Bien que le patronyme Wehr soit pratiquement disparu de notre région, nous retrouvons encore, dans les Cantons, des noms reliés à cette nombreuse famille dont voici quelques témoins :

    2e générations : ENFANTS DE CHRISTIAN WEHR ET CATHERINE BEST : 1-Elisabeth Wehr épouse de Isaac Brill, 2- Catherine Wehr épouse de John Bockus, 3-Gertrude Wehr épouse de Daniel G. Baldwin, 4-John Peter Wehr époux de Margaret Farrel, 5-Hannah Maria Wehr épouse de Peter A.Sager, 6- Charlotte Augusta Mathilda Wehr épouse de John Steinhour, 7-George Augustus Frederick Wehr époux de Mary Catherine Deal, 8-Eliza Amanda Wehr épouse de Ezekiel Hatch,

    3e générations : ENFANTS DE JOHN PETER WEHR ET MARGARET FARREL : 1-Charles Christian, époux de Mary Ann Scahill, 2- James Henry ,3-Catherine Adeline, épouse de William Hannigan, 4-Mary Mandy épouse de Benjamin Labonté, 5-Margaret Adeline, 6- Dorothy Ann (Dolly Ann) épouse de John Donnelly, 7- Jane Elizabeth, 8- Emma Caroline épouse de Louis Napoléon Sénésac

    4e générations : ENFANTS DE CHARLES CHRISTIAN WEHR ET MARY ANN SCAHILL : 1-Margaret Elizabeth Maggie) épouse de Albert Sheridan, 2- John Henry (Jack) époux de Hattie Fizell, 3- Caroline (Carrie) épouse de Paul-Émile Gosselin, 4- Julia Ann , 5- Mary Ann Bedelia( May), 6-Ellen Honora ( Nellie) ( religieuse) 7- Charles Roderick époux de Berthe Dussault, 8- Bertha Amanda ( religieuse), 9- Isabel Catherine

    5e générations : ENFANTS DE CAROLINE WEHR ET PAUL-ÉMILE GOSSELIN : 1-Marguerite Gosselin épouse de René Larivière, 2- François Gosselin, époux de Solange Martin, 3- Berthe Gosselin épouse de Stanley James, 4- Lucy Gosselin (célibataire), 5-Madeleine Gosselin épouse de Narcisse Dussault.

La maison Wehr

   LA MAISON WEHR :
    Nommée ainsi par l’historique de ses principaux propriétaires elle demeure authentique dans son architecture et sa conservation. Le premier propriétaire du lot sur lequel cette maison fut construite n’était nul autre que Christian Wehr (1770-1843) l’exploitant des premiers moulins à scie et constructeur du premier barrage du lieu, dès l’an 1820.
    Par contre cette maison ne date pas de cette année-là, mais elle a plutôt été érigée vers 1880, suivant la tendance à la mode des plans de l’époque et de l’évolution du village.
Maison dite à mansarde, elle est le type parfait du style plus cossu, recherché par les bourgeois et notables de l’époque.


   HISTORIQUE :


    C’est Charles C. Wehr, petit-fils de Christian, qui en devient propriétaire en 1919. Il viendra y finir ses jours après avoir laissé sa ferme du rang Saint-Joseph à ses enfants. D’après la liste séquentielle des propriétaires depuis l’ouverture des registres de la municipalité, nous retrouvons comme premier propriétaire, Oliva Méthé, en 1889, possible maitre d’œuvre de cette habitation. Mais qui était Oliva Méthé, un notable, un bourgeois? Son histoire pourrait nous en dire long sur cette maison et le choix de son plan. Nul ne doute qu’elle se différencie des autres par son style et se donne ainsi une valeur ajoutée. Les autres propriétaires ont été : J.O. Millette, de 1890 à 1898, J.H. Galipeau, de 1899 à 1905, J.B. Bélisle, de 1906 à 1912 et Frédéric Duhamel de 1913 à 1918. Il serait donc intéressant de trouver l’histoire des propriétaires successifs pour raconter celle de cette maison.

   CARACTÉRISTIQUES DES MAISONS DITES À MANSARDE

    La maison à mansarde constitue une version modeste et assez populaire de l’architecture résidentielle issue du style Second Empire où Napoléon III. Ce courant architectural, né en France, a voyagé un peu partout en passant par l’Angleterre puis par les États-Unis avant d’apparaître au Québec, dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous une forme moins raffiné, plus rudimentaire mais très élégante. Au départ, ce style réservé aux bâtiments publics, institutionnels et plus cossus, s’est rapidement adapté à l’architecture résidentielle répondant au prestige recherché par les notables et les bourgeois. La maison mansardée se reconnait par sa toiture typique faite d’une brisure à l’horizontale à mi-hauteur (brisis et terrassons) rehaussant la partie basse du toit. Un pare-soleil surplombant une galerie en façade agrémente souvent ce style.

    Ce type de toit dit mansardé qui doit son nom à l’architecte français François Mansart constitue la principale caractéristique de ce courant et l’une de ses qualités premières. En effet, ce toit «brisé » permet de dégager l’espace des combles et de rendre l’étage entièrement habitable. C’est un avantage à ne pas ignorer surtout à une époque où les familles étaient plutôt nombreuses. L’élégante silhouette de ce style de maison se reconnait à plusieurs endroits de notre territoire, dont le cœur de notre village.